
Fruit du travail des hommes, les alpages constituent un patrimoine unique : à la confluence de dynamiques forestières et herbagères, maintenus par une lutte constante contre l’avancée naturelle de la forêt, ils permettent une diversité floristique et faunistique remarquable.
Compte tenu de leur éloignement des centres urbains, et de leur valeur pour la faune, les alpages présentent un fort intérêt pour la chasse. Lorsqu’on évoque ces espaces, deux espèces viennent immédiatement à l’esprit : le chamois et le tétras lyre. Grâce à la gestion cynégétique mise en œuvre depuis les années 70, de nombreuses autres espèces sont venues compléter le bestiaire, au premier rang desquelles le chevreuil, puis le cerf et le sanglier.
Conscients de la valeur des alpages, les chasseurs s’investissent depuis 1994 dans leur préservation, au travers d’actions de réhabilitation ou d’entretien, en lien avec les services agricoles de la Société d’Economie Alpestre.
Les galliformes de montagne (tétras, gélinotte, bartavelle) et le lièvre variable sont sensibles à toute modification qui affecte le milieu naturel. En montagne, dans la plage altitudinale dans laquelle évoluent ces espèces, la bartavelle ou le tétras lyre sont devenus des indicateurs biologiques. Ainsi, à la manière de la loutre qui témoigne de la pureté des rivières, les populations de tétraonidés subissent de façon inéluctable les évolutions défavorables de leurs habitats. Concrètement, ces fluctuations démographiques négatives se traduisent par la diminution de la capacité de reproduction de l'espèce, ce qui rend sa survie plus difficile face à la prédation ou aux mortalités liées à l'activité humaine (tourisme, chasse, ...).
Cette évolution pourrait être acceptable si elle s'établissait dans un contexte "naturel", c'est à dire en dehors d'une présence humaine active sur la conformation de l'environnement (tourisme, aménagement de la montagne, agriculture, sylviculture). La situation des Alpes du Nord étant fortement anthropique, les chasseurs de montagne, animés par la Fédération Départementale des Chasseurs de Haute Savoie, ont entrepris de favoriser le maintien du tétras lyre, emblème de la vie sauvage montagnarde et fleuron ornithologique des Alpes (oiseau absent de tous les autres massifs montagneux de France). Les premières actions ont débuté à titre expérimental sur le territoire du Groupement d'Intérêt Cynégétique du Tétras Lyre des Deux Savoie, entre Aravis et Beaufortin, et sur l’ACCA de Chamonix dans le massif du Mont Blanc, dès 1994. Elles ont pour objet d'intervenir physiquement sur les anciens alpages envahis par les landes épaisses et les ligneux (aulne vert) pour redonner à ces milieux particuliers leurs caractéristiques d'antan, favorables à la reproduction des tétras. A ce jour, près de 350 000 Euros ont été investis sur des projets menés par la Fédération Départementale des Chasseurs, en lien avec les ACCA concernées, pour près de 200 ha de zones débroussaillées en faveur de la faune, de la flore, de l’agriculture et du paysage.
Ces travaux contribuent à maintenir des habitats de qualité pour la faune, qui trouve des conditions indispensables à son développement. La mise en parallèle des intérêts naturalistes, agricoles et touristiques sur un même espace amène les acteurs de la vie des vallées à prendre en compte une composante environnementale jusque là négligée : la faune sauvage. Cet aspect représente l'un des premiers résultats positifs du projet.
La montagne est considérée par une majorité, habitants des vallées, résidants secondaires ou touristes comme un espace naturel et sauvage. Pourtant, nos paysages alpins sont le résultat de siècles d'entretien, par des générations de montagnards plus attachés au profit d'alpages nourriciers qu'à la beauté du cadre. La dernière génération, en complète mutation, a oublié qu'avant de récolter, les anciens s'épuisaient sur les rudes pentes derrière leurs troupeaux pour maintenir et améliorer un outil transmis en héritage. Face aux modifications de notre société, ce patrimoine disparaît, posant le grave problème de l'entretien de l'espace rural, induisant des modifications écologiques importantes dont la chasse se ressent avec la disparition de la petite faune (tétras, lièvre) au profit de la grande (cerf, sanglier, chevreuil).
Les organismes cynégétiques n'ont pas pour vocation de remplacer les institutions ou Administrations en charge de la gestion de notre territoire. Néanmoins, les chasseurs des vallées restent attachés à la préservation de leur environnement, notamment de son petit gibier, dont l'absence actuelle crée un vide qui risque de devenir irremplaçable si personne n'y prend garde. La prise en compte par les Collectivités (Région, Département, Communes) et l'Etat de cette problématique au travers des aides financières apportées aux projets des chasseurs constitue un encouragement certain.
Ainsi, la poursuite du programme lancé depuis 1993 par les organismes cynégétiques nous permettra peut-être de transmettre aux futures générations de savoyards non pas des vestiges, mais un patrimoine naturel encore riche de ses plus beaux joyaux, dont le tétras lyre est un digne représentant.